Jour 3 – Nous sommes fragiles mais vivants

Mercredi 18 mars. Il a fait très beau dans ma région. Le printemps est à deux pas. Cet après-midi j’ai entendu le coucou, j’ai vu le chien faire la sieste au soleil, j’ai senti un parfum d’herbe fraîche. Les sens en éveil, j’ai perçu la sève qui cherche son chemin au creux du végétal. Elle s’en fout, la Nature, de nos histoires. Elle poursuit son petit bonhomme de chemin, imperturbable.

Certains pensent que ce virus est une sorte de vengeance de la planète. Une vengeance ou simplement un moyen de se défendre, voire même un phénomène naturel de régulation d’une population devenue trop nombreuse. La colère de Gaïa, ça ferait un bon titre de film catastrophe.
Ça et là, sur les réseaux sociaux, on entend et lit que le véritable virus, c’est l’humain. Qu’il détruit tout sur son chemin.
Le Covid 19 serait alors une sorte de châtiment symbolique, émanant des forces telluriques, pour remettre les pendules à l’heure et nous donner à comprendre, en miroir, ce que nous sommes. J’y vois une pointe d’anthropomorphisme, avec un zest d’écologisme dans la recette du narcissisme.
Comme si les humains étaient plus importants, sur la planète, que les autres règnes du vivant : minéral, végétal, animal !

Nous sommes certes une espèce qui se développe rapidement depuis deux cent ans, et qui utilise beaucoup trop de ressources, mais n’oublions tout de même pas que, pour un humain, on compte en moyenne 422 arbres, que 95 % des océans demeurent inexplorés, et que les humains comptent pour 0,01% de l’ensemble du vivant sur Terre

Dans le passé, il y a eu maintes épidémies très meurtrières, à des époques où nous étions peu nombreux et où la technique était encore balbutiante (et la surexploitation des ressources naturelles encore plus). Citons par exemple la pandémie de peste noire (vers 1340, 75 millions de morts, soit près de 50 % des humains), la 3e pandémie de choléra (1852-1860, 1 million de morts), ou la fameuse grippe espagnole de 1918-19 et ses 50 à 100 millions de morts. A l’époque, personne ne songeait à parler de surpopulation ou de nuisances humaines sur les écosystèmes. Donc établir un lien entre nos extravagances modernes et cette pandémie me paraît, pour le moins, hasardeux.

Pour autant, cette hypothèse d’une colère de la planète qui se manifesterait par des catastrophes naturelles, des pandémies visant à nous éliminer, des manifestations diverses mais forcément cruelles, est intéressante car elle révèle une nouveauté dans la pensée occidentale (sans doute par métissage lié à la mondialisation) : l’émergence de l’idée selon laquelle la planète serait bel et bien vivante (à l’instar de tout ce qui, de manière naturelle, existe sur elle et en elle) et même douée de conscience !

Ça n’a l’air de rien, mais c’est une véritable révolution, au pays de Descartes et, plus largement dans la partie du monde qui a inventé le principe de Nature pour l’opposer à la Culture, dont nous serions la plus illustre émanation.

Cela étant, que notre belle planète soit ou non animée d’intentions belliqueuses à notre égard a finalement assez peu d’importance. Parce que nous réalisons que, quoi qu’il en soit, nous sommes bien fragiles et bien démunis face aux éléments dits naturels – comme les virus ou les tsunamis -, et ce malgré nos sondes marines, nos laboratoires P4 et nos combinaisons ignifugées. La technologie nous leurre en nous laissant croire que nous sommes très évolués et que nous maîtrisons presque tout, alors que rien n’est plus faux.

La preuve, face à un minuscule virus, nous voici barricadés dans nos terriers.

Oui, nous sommes des êtres fragiles et démunis, et ça fait un bien fou de le reconnaître, plutôt que de chercher sans cesse à jouer aux Superman/woman, à aduler la performance, à s’épuiser en quête d’une réussite intense, à dissimuler nos défaillances…

Ce soir, on a le droit d’avoir peur, de pleurer, d’être en colère, ou fatigué, ou frustré, ou dépité. Ce soir, et tous les soirs. Parce que nos émotions, qu’elles nous fassent du bien ou du mal, sont avant tout le signe évident que nous sommes vivants.

Une douce pensée pour les 9134 cas confirmés en France, les 205 000 personnes contaminées dans le monde, et surtout les familles des 8248 personnes décédées.

Une douce pensée aussi pour
* les 11522 femmes à qui on a diagnostiqué un cancer du sein depuis le 1er janvier (en France),
* les familles des 45 456 morts du tétanos (dans le monde, depuis le 1er janvier 2020),
* les 7896 Français-es qui luttent, depuis le premier janvier, contre un cancer du poumon,
* les 149 412 personnes qui laissent une famille endeuillée dans le monde à cause de l’hépatite C (depuis le 1er janvier)
* les 43 141 nouveaux cas de lèpre (depuis le 1er janvier) dans le monde.
Etc. (Source Planetoscope.com)

Une douce pensée pour vous tous, qui êtes vivants.

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