Jour 8 – A quelque chose malheur est bon

Cela fait une semaine que nous sommes totalement confinés, enfermés, isolés. A la cacophonie succède lentement le silence. Silence des rues, du ciel, de l’ailleurs. Un silence assourdissant, ponctué, en ville, des sirènes qui foncent vers l’hôpital. En nous aussi le silence descend.

2,5 milliards de personnes sont maintenant astreintes à résidence. Le Royaume-Uni entre dans la danse.

Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres : la ministre de la justice va ordonner la libération – sous conditions – de 5000 détenus. Ceux-là seront contents de rentrer chez eux. Les SDF, pour certains, se voient offrir des chambres d’hôtel, réquisitionnées pour l’occasion. A quelque chose malheur est bon.

C’est certainement ce que se disent aussi les animaux sauvages. Des dauphins ont été vus dans le port de Cagliari, en Sardaigne. Des cerfs se promènent en ville, au Japon. Les grenouilles, hérissons, insectes, poissons et oiseaux goûtent ce répit avec bonheur, en période de reproduction. Les parisiens découvrent, émerveillés, le chant des oiseaux urbains.

La pollution diminue, mais ne disparait pas. C’est toujours bon à prendre. Selon le chercheur Marshall Burke, le nombre de vies sauvées par cette baisse de la pollution serait supérieur, sur le moyen terme, au nombre de victimes du Covid 19. Il avance le chiffre de 77 000 Chinois sauvés par ce confinement inopiné, loin devant les 3.274 décès liés au virus que compte ce pays.

Dans les familles, la continuité pédagogique s’organise, petit à petit. L’hystérie du début commence à se calmer, chacun trouve ses marques. On comprend que les bonnes notes, finalement, ce n’est peut-être pas le plus important actuellement. Beaucoup d’enseignants et de parents aimeraient laisser du temps aux enfants, le temps de jouer et de rêver, de digérer tranquillement tous ces bouleversements.
Mais le ministre insiste, vidéo après vidéo, interview après interview, sur la nécessité de continuer à étudier. Il a mis en place un partenariat avec des chaines de télé, et voici que nait la « Nation apprenante » sur France 4 et Lumni. La télé éducative, on en rêvait, le Covid19 l’a fait. A quelque chose malheur est bon.

Seulement 8 jours, et les experts font savoir – comme on s’y attendait – que ce sera au moins 6 semaines. Pas encore d’annonce officielle, mais chacun sait, au fond, ce qu’il en est. Seulement 8 jours et déjà tant de changements.
Le gouvernement fait appel aux chômeurs provisoires pour aller travailler aux champs : sans main d’œuvre étrangère pour cause de fermetures de frontières, légumes, fruits et céréales vont manquer de bras. On redécouvre, là encore, la dépendance aux petites mains.
Avant l’agriculture intensive, la France était le grenier de l’Europe… Les exploitants agricoles ne sont plus que 450 000, alors qu’on en comptait encore 1,1 million en 1988.

Comme les soignants, les enseignants ou les pompiers, eux aussi crient depuis longtemps que le mur de la catastrophe approche dangereusement. Tous ceux dont on a le plus besoin en ce moment, sont les mêmes qui hurlaient au secours depuis des années, et que personne n’écoutait. Il n’y en a plus assez, tant ils ont été dévalorisés, en faveur de la tech et autres frivolités. Quelle ironie, n’est-ce pas ?

Les plus optimistes d’entre nous espèrent que ce revirement permettra de redonner de l’élan à ces professions essentielles. Mais une fois l’orage passé, qui se souciera encore de ces mal-aimés ?

Peut-être, si les leçons sont tirées, aura-t-on compris dans quelques semaines quelle est la vraie valeur du labeur.

Hanouna se donne en spectacle dans sa cuisine tandis que routiers, caissières, infirmières, docteurs, professeurs, livreurs et facteurs (etc.) risquent chaque jour leur vie pour que le monde ne cesse de tourner.

Les députés ont quitté l’Assemblée, les sénateurs ont rejoint leur foyer, les membres du gouvernement restent sagement confinés. Mais les autres, le bas peuple, la France d’en bas, continue à turbiner. Et on nous parle d’exemplarité, de solidarité, de civisme ! Remercions les travailleurs et méditons sur leur valeur.

Dans les quartiers défavorisés, les trafics se poursuivent malgré les interventions des policiers débordés. Ceux-là qui vendent leur came n’ont jamais respecté les règles, pourquoi commencer ? Ils concentrent nombre des contraventions distribuées – 110 000 à ce jour. Le virus risque de les décimer.
Qui s’en plaindrait ? A quelque chose malheur est bon.

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