JOUR 23 – Le précieux

Pendant que tout le monde se précipite sur Zoom et autres Skype pour des réunions pro ou familiales (si vous n’avez pas testé l’apéro skype ou wattsapp, je recommande, on se croirait vraiment ensemble pour peu qu’on ait un grand écran), les petites et moyennes entreprises sont obligées de faire des prêts pour payer leurs employés. A terme, c’est la faillite assurée, puisqu’après le confinement l’activité ne va pas se multiplier, et ce d’autant moins que les chômeurs, plus nombreux, seront de piètres consommateurs.

C’est d’ailleurs officiel, la France est entrée en récession (même si nous avions l’impression que c’était le cas depuis plusieurs décennies vu nos difficultés à boucler les fins de mois). La pire depuis 1945.

Je ne m’étendrai pas sur le fait que le chômage partiel qui devait être payé par l’Etat peine à entrer dans les caisses des petits artisans (ainsi que l’un d’eux en a témoigné), ou que des entreprises se retrouvent non éligibles, ni sur les licenciements d’ores et déjà patents (chez Eurodisney par exemple). En Espagne, les travailleurs (étrangers) payés au black se retrouvent sans le moindre sou, et des émeutes ont commencé. La faim, ça pousse à la férocité.

Pendant ce temps-là certains songent à leurs vacances d’été, mais c’est – comme un ministre l’a affirmé – plus que prématuré. Quand on sait que certaines entreprises ont d’ores et déjà mis leurs employés en chômage partiel jusqu’à fin septembre, que les festivals de juin et juillet ont été annulés, que les compagnies aériennes annulent des billets prévus pour fin juillet, on croit Edouard Philippe sur parole : le confinement, c’est loin d’être terminé.

Et puis, avec la pénurie de préservatifs (mondiale) annoncée, les apéros estivaux en terrasse auront certainement moins d’intérêt…

La grande machine s’est arrêtée, ses fondations sont en train de s’écrouler. Comme si elle ne tenait que par la force centrifuge qui la maintenait alerte.

Mais, encore et toujours, il y a des bonnes nouvelles : plus de 200 000 personnes se sont proposées pour aider les agriculteurs ; Macron a limogé le directeur de l’ARS de l’Est qui voulait supprimer – encore ! – des centaines d’emplois à l’hôpital de Nancy ; la France va consacrer 1,6 milliards d’aide aux pays africains pour lutter contre l’épidémie ; le fondateur de Twitter a fait don de la même somme ; et les avocats trainent la Garde des Sceaux en justice pour dénoncer le chaos dans ce secteur. Tout n’est donc pas pourri au royaume du Danemark et ailleurs… 😉

Toutes ces news nous font palpiter, ponctuent nos longues journées, stimulent notre besoin d’être informés (qui est l’un des plus puissants de notre cerveau).

Mais si nous coupions pendant quelques jours la radio, la télé, l’internet, que se passerait-il ?

Si nous nous écoutions, dans le silence retrouvé et la clarté de la pensée ?

Peut-être entendrons-nous cette petite voix qui nous dira : ne t’inquiète pas. L’humanité a toujours su se débrouiller. Si tu perds ton job, tu pourras en trouver un autre, peut-être plus en accord avec tes véritables souhaits, peut-être moins bien payé mais moins stressant. Si tu as moins d’argent, tu l’utiliseras autrement, et tu perdras moins de temps en futilités. Tu n’auras plus à te demander quel camembert choisir, ou quelle robe mettre. Tu auras peut-être plus de temps pour t’occuper de tes parents vieillissants, ou de tes enfants, ou de ton propre bien-être. Il y aura toujours un ami ou un membre de ta famille pour t’accueillir, te laisser le temps de rebondir. Si tu dois déménager, tu auras peut-être un logement plus petit, ou moins citadin, mais tu verras : on s’y fait très bien. Dans les campagnes il y a plein de jolies maisons et de gens charmants, des jardins pour faire un potager, un air moins pollué, des loisirs plus tranquilles. On peut y travailler autrement, dans les vignes ou dans les services, dans des métiers à inventer. Tu sauras te renouveler, pour peu que tu ne sois pas défaitiste. Même si tu as cinquante ans, tu pourras créer ta propre activité. Faire quelque chose qui te plait. Un peu d’imagination, que diable ! Sors de ton carcan de croyances. Depuis toujours, il y a des hauts et des bas, des morts et des idées, des naissances et des échauffourées. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, c’est un torrent plein d’aléas. On y croise autant de scélérats que de gens bien intentionnés. Les deux seront toujours là pour toi. Chaque épreuve est une occasion de grandir, en conscience et pour ton avenir. Dans le monde, plein de gens vivent avec l’équivalent de quelques euros par mois. Et ils sourient, dansent et donnent. Comme toi. On s’adapte, depuis toujours, à tout. Il y a cent ans on n’avait pas de toilettes dans les maisons, ni de machines à laver, ni de primes d’intéressement. Mais on s’aimait, on rigolait, on rêvait. Rien ne change à l’intérieur, même si tout change à l’extérieur. L’essentiel bat en toi, pas dans ta fiche de paie. Garde les yeux ouverts et n’oublie pas : ce que tu as de plus précieux, c’est toi.

3 thoughts on “JOUR 23 – Le précieux

  • 9 April 2020 at 9 h 50 min
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    Bravo ! Ce texte est très positif.

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  • 10 April 2020 at 9 h 53 min
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    Encore et toujours cette magnifique façon d’écrire…et la petite voix dit vrai. Voilà des années que je vis ainsi…ce confinement n’est pour moi qu’une continuité de cette petite voix. Je ne sens aucune crainte. Il faut te faire confiance. Quand le temps laisse la place à la réflexion on constate qu’il existe un tas de possibilités dans la vie. Rien n’est figé. 😘

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    • 11 April 2020 at 2 h 16 min
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      Heureux sont ceux qui ont entendu l’appel de l’intériorité avant le confinement ! Merci pour tes encouragements et belle continuation à toi sur cette voie de la sérénité !

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