Jour 33 – 18 avril 2020 – Retour aux sources

Une des caractéristiques de la période est la cacophonie. On entend tout et son contraire. Les informations discordantes pleuvent comme giboulées de mars.

Sur le virus, d’abord. Les chercheurs du monde entier semblent s’être donné le mot pour dire à peu près tout et n’importe quoi sur ce fichu SRAS covid 19. Il ne s’agit pas d’un problème respiratoire, mais sanguin, disent des chercheurs chinois et américains. C’est un virus créé par l’homme à partir du génome du VIH (Sida), affirme le prix Nobel Luc Montagnier. Il est inoffensif pour la plupart des gens, mais on peut quand même se retrouver en réanimation sans maladie chronique ni facteur de risque. Au début il était transmis par les enfants « porteurs sains », maintenant (d’après des chercheurs islandais), ces derniers seraient très peu contagieux. Il y a trois semaines on nous assurait qu’on serait immunisés si on l’avait attrapé, maintenant rien n’est moins sûr (déclarent les Coréens). On pensait que l’épisode critique ne durait que dix jours tout au plus, on se retrouve avec des patients qui ont encore une forte charge virale plus de six semaines après avoir été diagnostiqués. Bref, en fait on ne sait rien, ou tout du moins il n’y a pas l’ombre d’un consensus chez les scientifiques. On a beau chercher des sources fiables, on sait que les médias mainstream (l’essentiel de la presse « officielle ») ne sont que des chiens de garde du gouvernement, et qu’ailleurs le complotisme sévit. La vérité est ailleurs, comme toujours, mais elle devient plus difficile à dénicher.

Mais, en France, les établissements scolaires commenceront à accueillir de nouveau les élèves à partir du 11 mai prochain. L’impératif économique a parlé ! Il faut bien que les écoliers soient pris en charge si on veut que leurs parents repartent au turbin. Le pays perd des milliards ! Le PIB chute ! La récession nous mettra tous sur la paille ! Oyez oyez braves gens, fi du virus, on recommence comme avant !

On peut entendre que ce ne soit pas possible de garder les gens confinés chez eux pendant des lustres, surtout pour ceux qui vivent dans des conditions difficiles, surtout pour ceux qui ne savent pas se passer de vie sociale (les autistes, les timides et les misanthropes vont très très bien, merci pour eux). Mais ce frémissement que d’aucuns espéraient, que d’autres croyaient avoir entendu dans les accents lyriques du Président, en seront pour leurs frais. Chacun devra de nouveau suer sang et eau pour trois clopinettes, pendant que les multinationales continueront à orchestrer la marche du monde et à engranger de quoi vivre sur mille générations.

Et si on pense trop vite, on trouve ça normal. La détresse du restaurateur, l’agonie du coiffeur, le désespoir de l’éleveur (contraint de jeter le lait de ses vaches, faute de cantines à approvisionner), tout cela mérite compassion et retour à la raison (marchande). Comment vont vivre ces pauvres gens ? Sans argent, point de salut. Et s’il y a plus de chômeurs, les classes moyennes seront encore plus saignées qu’à l’accoutumée. A votre bon cœur, m’sieurs dames !

Ce n’est pas comme s’il y avait d’autres solutions. Ce n’est pas comme si le revenu universel, financé par une taxation sur les robots, les machines et les algorithmes, les spéculations boursières et les grandes fortunes, pouvait être mis en place. Le Pape lui-même en a eu vent et s’en fait l’apôtre, mais qu’importe ! On ne va tout de même pas, au pays de Voltaire, faire confiance à des croyants !

Ce n’est pas comme si, dans cinq ou dix ans, des millions (milliards) d’emplois n’allaient pas être supprimés par le développement de l’IA, qui a vocation à remplacer banquiers, assureurs, caissières et docteurs, journalistes et livreurs, ouvriers textiles et comptables, publicitaires et instituteurs, arbitres et compositeurs, et j’en passe. Parce que ce que les médias ne disent pas, c’est que l’intelligence artificielle avance tellement vite, notamment avec le deep learning (ou apprentissage profond, qui permet à l’IA d’apprendre toute seule en compilant des données, pour faire simple), que la question de l’emploi ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Oyez oyez braves gens, vous êtes de futurs inutiles ! (Pour ceux que la question intéresserait, je recommande l’excellent livre « 21 Leçons pour le XXIème siècle » de Yuval Noah Harari).

Ce n’est pas comme si, non plus, depuis plus de quatre ans les gens descendaient dans la rue pour dire qu’ils n’en pouvaient plus, qu’ils voulaient un autre monde, moins destructeur pour l’humain et pour les écosystèmes, moins inégalitaire et moins mortifère.

Non, ce n’est pas comme si. Tout le monde sera content de retrouver sa vie d’avant.

Sauf que ce ne sera pas la vie d’avant. « “Notre vie à partir du 11 mai ne sera pas celle d’avant le confinement, pas avant longtemps” a déclaré aujourd’hui le premier ministre. Interdiction de se toucher, de se humer, de s’embrasser, de se rapprocher. On appelle ça les gestes « barrière ». Moi j’appelle ça la destruction du lien. Nous sommes des animaux évolués. Notre cerveau enregistre des milliers d’informations quand on entre en contact avec quelqu’un : ses phéromones, notamment, nous donnent des indications précieuses sur son état émotionnel. Les « gestes barrière », le port du masque (qui nous empêchera de déceler sur le visage d’autrui toutes les mimiques qui explicitent ce qu’il dit, on appelle ça le langage gestuel), la « distanciation sociale », sont autant de boulets de canon dans la seule chose qui nous restait pour faire front : la cohésion.

Avec ce virus, nous voilà condamnés, « pour de longs mois encore » à nous méfier les uns des autres. Terminé les poignées de mains qui en disaient long sur la personnalité du voisin, du collègue, du patron. Terminé les coups de cœur et de corps qui nous poussaient à embrasser le premier soir : il faudra désormais s’assurer que le potentiel fiancé soit en bonne santé. Terminé les câlins aux grands-parents, sources de tant de réconfort, ou les confidences rapprochées, tenues sous le sceau du secret. Quelle sociabilité peut perdurer à deux mètres de distance, hormis celle des convenances ?
Ne resteront que les très proches, ceux avec lesquels on a partagé le confinement. C’est tout ce qui fait société qui est désormais confisqué. Pas de concerts, pas de restaurants (ou alors avec des vitres en plexiglas pour nous empêcher de parler de postillonner sur nos voisins de table), et même dans les écoles, on fonctionnera différemment. Comment ? Chacun sera isolé dans son espace, comme un rat de laboratoire dans sa cage. Terminé les classes et les rassemblements, on individualise, on personnalise, et, si ça ne se passe pas comme prévu, on verbalise.

Une amie m’a raconté hier une histoire bien éclairante, qui fait écho à d’autres lues dans les journaux : un adolescent qui supportait mal le confinement avait pris pour habitude d’aller courir chaque jour pour prendre l’air. Un jour, il lui prit l’idée saugrenue de s’accouder quelques instants sur la rambarde qui longeait la rivière. Une policière lui sauta dessus sur le champ : 135 € d’amende, jeune impudent ! Pensez-vous donc que vous pouvez encore flâner alors que tant de gens sont en danger ?

Tandis que l’Etat commande des drones pour nous surveiller et que nos smartphones servent à nous pister, il en est encore pour croire à la faribole qui nous est contée.

Personnellement, et sans aucun esprit de subversion ou de rébellion, je souhaite simplement vous donner quelques comparaisons :
• 165 000 personnes sont décédées du coronavirus dans le monde (officiellement) depuis que la pandémie a été déclarée (11 mars), soit 4459 personnes par jour.
• 2 394 291 personnes ont été diagnostiquées positives au coronavirus.

💊3 à 5 millions de personnes sont affectées sévèrement par le virus de la grippe chaque année dans le monde et en moyenne 470.000 en meurent. (1287 par jour)

🦠Chaque jour 5.000 personnes sont infectées et 3.000 meurent du sida, soit une personne toutes les 30 secondes environ, et 1 million de décès par an.

🍿L’obésité cause 6 850 morts par jour dans le monde.
Selon l’Agence Européenne pour l’Environnement, la pollution de l’air causerait 520.400 décès prématurés en Europe, soit un décès toutes les minutes. (1425 par jour)

🥤Chaque année, 184.000 personnes meurent à cause des sodas et boissons sucrées dans le monde, soit l’équivalent de 1 décès prématuré toutes les 180 secondes (504 par jour)

🍻Les décès provoqués par l’alcool représentent 49.051 morts par an (2015). L’alcoolisme est donc responsable de plus de 130 morts par jour en France ou 1 toutes les 10 minutes environ.

🚗5 753 personnes meurent chaque jour du fait des particules fines et de la pollution atmosphérique, dans le monde.

Au total, cela fait 18 819 personnes qui meurent chaque jour dans le monde à cause de notre mode de vie, mais ni l’alcool, ni les véhicules et industries polluants, ni les sodas et boissons sucrées, ni les plats industriels et la malbouffe (causes d’obésité), ni la grippe, ne nous ont valu des mesures d’une telle ampleur.

Je vous laisse méditer là-dessus et termine par ces mots de Condorcet : « Il n’y a pas de liberté pour l’ignorant ». Et j’ajoute ces mots de Prévert : « Un seul oiseau en cage la liberté est en deuil. »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

error

Vous aimez cet article ? Faites-le savoir !