La force de l’Humanité

Au cœur de la nuit, dans la chaleur moite de cet été long et brûlant comme une mauvaise fièvre, je pense à toi, Humanité. Et à l’espoir qui nous tient.

Le début de l’année aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : un pays-continent, l’Australie, brûlait. Des rumeurs de guerre mondiale jaillissaient. Les oiseaux, de plus en plus rares, laissaient planer de mauvais augures. Le printemps est arrivé et, avec lui, le silence, le confinement, la peur. Au milieu des fleurs, les traces d’une nouvelle terreur. Malgré tout, flottant au milieu des décombres de notre monde aux pieds d’argile, l’Espoir a continué à chanter. On a rêvé du « monde d’après ».

L’été est venu, l’Espoir s’est tu. Il a regardé, tétanisé, redémarrer les rouages de la Grande Mécanique. Une à une les étincelles se sont éteintes. Les Spectres ont été brandis en sombres oriflammes.

Les écologistes ont gagné aux élections municipales : la leçon commence à être entendue, mais de manière ténue, sans éclat ni fanfare.

Dans le Jura, les éleveurs craignent chaque matin en se levant de ne plus pouvoir abreuver leurs bêtes, tant les nappes phréatiques sont à sec. Les cultivateurs ne peuvent plus moissonner : les étincelles des essieux de leurs tracteurs mettent le feu aux champs. En Bourgogne, l’eau est coupée de 9h à 19h, pour les particuliers comme pour les entreprises. Partout, l’herbe est brûlée, les vignes éreintées. Sur l’île de Groix, en Bretagne, les paysages irlandais sont devenus provençaux. Les marchands de climatiseurs se frottent les mains et font les beaux. Pourtant, ces machines participent au réchauffement climatique.

Et tandis que la rentrée arrive, sur fond de crise sociale, économique et sanitaire, l’Espoir avance masqué. La société se divise, entre ceux qui ont peur et ceux qui soupçonnent un instrumentalisation du virus Covid 19. Sur les réseaux sociaux, la bataille fait rage entre les pro et les anti masques. Les chiffres, encore, défilent. La presse clame que le taux de contamination augmente, sans faire de corrélation avec le nombre de tests. Les scientifiques ne sont toujours pas d’accord sur la dangerosité du virus. Certains disent que sa forme est désormais bénigne et qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter, d’autres que la seconde vague est à nos portes et qu’il faut amplifier les mesures de sécurité. En août 2020, on compte 23 millions de cas confirmés (dans le monde), et 800.000 décès depuis le début de la pandémie. Parmi ceux-ci, une grande majorité de personnes de plus de 80 ans ou ayant déjà des pathologies importantes. Le taux de létalité est globalement de 1 à 3 % selon les sources. Un chiffre très inférieur à celui d’autres épidémies de la fin du XXe siècle et du 21e siècle.

On ne sait plus que penser. Jamais encore on n’avait pris de mesures aussi draconiennes en termes de santé publique : masque obligatoire pour tous les enfants de plus de 11 ans dans les établissements scolaires, ainsi que pour tous les salariés à partir du 1er septembre. La vie culturelle toujours à l’arrêt. Les matchs de foot à huis clos. Les bars qui ferment tôt.

Et le vaccin attendu comme le messie par certains, tandis que d’autres restent circonspects. On sait maintenant que l’avoir attrapé n’offre qu’une immunité temporaire. Comme la grippe. Tous les pays sont dans la course, des milliards de dollars à la clef. La vaccination sera-t-elle obligatoire ? Une nouvelle crainte est née. Intubation ou vaccination mal contrôlée ? Voilà l’alternative proposée.

Il faudrait avoir des sources sûres où s’informer. Mais tout ce qui n’est pas média « mainstream » (c’est-à-dire appartenant aux capitaines d’industrie) est taxé de complotisme. La presse indépendante, réduite à peau de chagrin, n’est pas connue du grand public. Et quand bien même on y a accès, rien ne garantit sa véracité. Le règne des « fake news » est arrivé. On ne sait plus que penser. Les certitudes ont été balayées, laissant place au vide, où tout peut s’engouffrer.

Dans ce vide explose la cruauté. Des équidés, en France, sont mutilés. On a beau réfléchir, rien ne peut expliquer ces actes barbares. Le site d’Oradour-sur-Glane a été profané : le négationnisme ressort de son terrier. Une jeune fille musulmane a été violentée et tondue par sa famille pour avoir aimé un chrétien.

Aucun animal au monde n’est capable d’une telle cruauté. Mais l’Humanité se croit supérieure aux autres règnes. Si seulement nous avions un peu d’humilité !

Cependant, l’Espoir demeure. Il est aux côtés de mon amie qui se bat contre un effroyable cancer, il luit dans les yeux d’une autre qui vient d’agrandir sa famille. Il accompagne les pas d’une vielle dame de 98 printemps et s’élance dans les bras d’une tendre adolescente. Il chuchote à l’oreille des soignants, des enseignants, des artistes et des penseurs, des routiers et des agriculteurs. Car même si parfois on peut croire que l’Humanité est désespérante, il ne faut pas oublier qu’une brebis galeuse ne représente pas le troupeau, que le caillou dans la chaussure n’est pas le chemin, qu’on est toujours le con d’un autre, qu’après la nuit vient le matin.

Dans ce flou total qu’a généré 2020 continue de briller au loin notre étoile. Puissante et brûlante, elle nous baigne de sa lumière. Comme l’océan et le vent, elle nous tient dans le creux de sa main, tour à tour bienfaisante, aimante, ou rugissante. Elle révèle la beauté mais n’existerait pas sans l’obscurité. Comme elle, l’Espoir ne peut s’épanouir que pour braver l’absurdité, la méchanceté et l’ignorance. Plus nous serons accablés, plus fort sera l’Espoir.

Là est la force de l’Humanité.

One thought on “La force de l’Humanité

  • 28 August 2020 at 20 h 29 min
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    Un petit bijou ce texte plein d humilité, de bienveillance et d espoir.
    Ta plume est celle d un ange qui nous oblige à nous poser, nous interroger sur le sens de notre vie et quel chemin prendre pour aller vers la vérité, la lumière.
    Bravo Cécile pour ce beau talent !

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