La liberté d’expression…

Un enseignant est mort ce soir. Pas de la covid, mais du fanatisme religieux. Décapité.

Cette barbarie est un écho à celle de 2015 : l’enseignant avait montré à ses élèves les caricatures de Charlie Hebdo dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression.

La liberté d’expression…

Ce soir le ministre de l’éducation nationale a condamné une « attaque contre la République » et le président s’est rendu dans le collège où enseignait Samuel, professeur d’histoire-géo et éducation civique et morale. Le président s’est fendu d’un petit discours et a dit plusieurs fois « ils ne passeront pas », reprenant le fameux « No pasaran » des opposants au fascisme de Franco. Des symboles forts, pour montrer qu’ils sont du côté de la République, de la démocratie, des Lumières, de l’esprit critique et de la liberté d’expression.

Une pièce de théâtre admirablement jouée et orchestrée, sous l’œil macabre des caméras.

Ce même ministre de l’éducation nationale a fait voter une loi qui instaure l’obligation pour les professeurs de ne pas dénoncer ce qui se passe au sein de son ministère. Il appelle ça « l’exemplarité ». Des mesures disciplinaires ont été prononcées contre des enseignants qui manifestaient contre une réforme (celle du bac) dont on constate aujourd’hui tous les effets délétères.

Ce même président, qui ce soir emprunte le costume du deuil et de la consternation, a pourtant permis que des milliers de manifestants soient éborgnés, blessés, mutilés, gazés, arrêtés, condamnés, pour avoir simplement voulu dire quelque chose (et ça ne concerne pas que les gilets jaunes).

La liberté d’expression…

Le gouvernement a autorisé les géants d’internet comme Facebook à supprimer les publications qui ne vont pas dans le sens officiel. On a désormais droit à un message du type : cette information est considérée comme une fake news, nous la supprimons donc.

C’est comme ça que les déclarations – à propos du covid – d’un prix Nobel ayant découvert le virus du Sida ont toutes été soigneusement évincées de tous les réseaux sociaux.

La liberté d’expression…

Alors, bien sûr, on ne tue pas dans notre pays parce que quelqu’un s’est élevé contre la doxa (la pensée unique) ; on se contente de ruiner sa vie, d’une manière ou d’une autre.

Et comme de plus en plus de voix discordantes se font entendre – et que toutes ne sont pas accessibles aux grenades de désencerclement et autres flashballs -, on distille une idée, un mot, qui gangrène peu à peu toute velléité d’avoir une vision non conforme aux préconisations médiatiques et dirigeantes : complotisme.

Vous l’avez entendu, ce mot, des centaines de fois depuis quelques mois. Avant, il était réservé à ceux qui disaient que l’attentat du World trade center avait été organisé par la CIA, ou que Armstrong n’avait jamais marché sur la lune. Désormais, il est apposé à toute personne qui conteste le bien-fondé de certaines mesures, de certaines interprétations, de certaines données. Pourtant, la définition de complotisme c’est : hypothèse abusive selon laquelle un événement politique a été causé par l’action concertée et secrète d’un groupe de personnes qui avaient intérêt à ce qu’il se produise, plutôt que par le déterminisme historique ou le hasard.

Mais faire preuve d’esprit critique à l’encontre de certains est désormais taxé de complotisme. Le sens du mot a été dévoyé et ce à des fins très concrètes qu’il est aisé de deviner…

George Orwell, l’auteur du prophétique 1984, écrivait : « Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire.”

La liberté d’expression…

Depuis quelques jours, l’état d’urgence sanitaire est réactivé dans notre pays. Cela a permis au gouvernement d’imposer un couvre-feu dans 8 grandes métropoles, sans l’aval du Parlement (qui de toutes façons fera ce qu’on lui demande). De 21h à 6h du matin, interdiction de circuler, sauf sur dérogation.

Les restaurants, les bars les théâtres, les cinémas, les spectacles en tous genres, sont condamnés pour 6 semaines. Encore. On sait ce que ça va donner : la clef sous la porte pour beaucoup. Or que fait-on en ces lieux emblématiques ? On s’exprime, on échange, on parle, on diffuse des idées, on discute, on cherche à comprendre.

La liberté d’expression…

Partout et tout le temps, nous portons le masque. Au travail, à l’école, dans les transports, dans la rue, et même dans nos familles. On nous demande de ne plus l’enlever, même en famille et entre amis. Six personnes maximum (sauf dans les open space et les établissements scolaires) sont autorisées à se réunir. Plus de fêtes d’anniversaire, ni de mariages, ni de fêtes étudiantes, ni, ni, ni… Protégez-vous ! nous serine-t-on à longueur de journée.

Tout ça pour 32.000 personnes décédées officiellement de ce virus (les comorbidités ne sont jamais mises en évidence), dont 80 % avaient plus de 75 ans. Plus de 600 000 personnes décèdent chaque année en France, de maladies ou accidents liées à des produits ou modes de vie parfaitement autorisés et même encouragés.

Personne ne veut mourir, évidemment. Ni de ce virus, ni d’autre chose. Mais désormais nous vivons masqués. La parole étouffée, entravée, et les expressions du visage (qui font partie du langage) occultées.

La liberté d’expression…

Un sondage disait récemment que plus de la moitié des Français se déclaraient favorables au rétablissement de la peine de mort. La justice, éreintée comme tous les services publics par des coupes budgétaires et un manque criant de personnel, ne peut plus bien faire son office. Les criminels ne sont plus en prison, les délinquants caillassent la police.

Alors la vindicte populaire qui veut pouvoir regarder BFMTV en paix espère que la peine de mort dissuadera les vilains de commettre leurs méfaits.

Celui qui a ôté la vie d’un professeur ce soir savait très bien quelle serait l’issue de son geste. Cela ne l’a pas freiné une seule seconde. Au nom de son idéologie, il a pu exprimer ses convictions à sa manière, même s’il savait qu’il lui en coûterait la vie.

Combien de fanatiques sont en train de naitre parce qu’il ne leur reste plus aucun moyen de s’exprimer autrement que dans la violence ?

La liberté d’expression…

Mon travail consiste à donner à des jeunes le moyen de penser et de s’exprimer de manière complexe (ce qui ne veut pas dire compliquée), et ce afin de leur permettre de dépasser leurs instincts, de comprendre que le monde n’est pas seulement ce qu’ils en perçoivent basiquement, et de grandir en tant qu’humains.

Samuel faisait la même chose. Il est mort pour ça.

C’est spectaculaire et terrifiant. Mais, à bas bruit et de manière insidieuse, nous sommes tous des Samuel en puissance, avec ou sans caricatures, avec ou sans fanatiques religieux dans les parages.

Mes pensées vont à sa famille, ses collègues, ses amis. Puisse sa mort éclairer les esprits autant que sa vie.

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